Le fabuleux destin de Sixto Rodriguez.

En 2013, je faisais mon sac pour aller voir l’Afrique du Sud pendant un mois. Je ne sais pas pourquoi, je faisais une fixette sur Nelson Mandela, le Cap de Bonne Espérance, nager avec des requins et voir des pingouins s’ ébattre sur une plage de sable blanc…

Je suis donc allée régler mes comptes avec ce pays magnifique, vu comme l’un des plus dangereux du Monde en terme d’insécurité… Je ne sais pas comment je dois le prendre, mais personne ne m’a molestée, ni violée, ni agressée, pff… que du respect, des gens merveilleux, chaleureux et bienveillants… pff…Tout se perd ma bonne dame 🙂

Mais c’est pas du tout là où je veux en venir ….

Musicalement, j’espérais secrètement rencontrer le groupe Die Antwoord, un duo sud-africain complètement fou… pas de bol mon voyage correspondait jour pour jour avec leur tournée aux States…

Ils sont fous comme je suis fan. Beaucoup.

Autre style, Autre centre d’intérêt musical en Afrique du Sud… La fascinante carrière de Sixto Rodriguez.

Pourquoi fascinante ?

Déjà son histoire commence bizarrement… Il s’appelle Sixto parce que c’est le sixième enfant de sa famille… «Bonjour je m’appelle 6 et je tiens tout d’abord à remercier mes parents… sans qui j’aurai sans doute jamais appris à compter aussi vite….»

Il vit à Detroit, dans le Michigan et arrête l’école à 16 ans pour jouer de la musique dans les bars… Des reprises des Stones, des Beatles ou de Bob Dylan… Il commence à balancer quelques compos, mais il est tellement timide qu’il a l’habitude de tourner le dos au public quand il joue ses propres chansons sur scène.

Vers 25 piges et à force de jouer dans des bars glauques de Détroit, Sixto Rodriguez finit par signer avec un label et sort 2 disques…. 2 excellents disques qui vont faire un vieux bide commercial aux Etats Unis… Même s’il avait commencé à le composer …Il n’y en aura pas de 3 éme….

En 1972, il a 30 ans. Il arrête la musique… Et retourne à une vie de civil galérien… Il enchaîne les boulots alimentaires et fonde une famille dans l’indifférence générale…. Il travaillera sur les chantiers de Détroit comme ouvrier, peintre en bâtiment ou au ramassage d’ordures. Il bossera dans une laverie. Il sera aussi pompiste ou ouvrier agricole…. Une vie de fins de mois difficiles….

Sauf que pendant ce temps là, et sans qu’il n’en ait jamais eu la moindre idée… Le mec est devenu une véritable star de l’autre côté de la planète. Une icône en Afrique du Sud…

Et ouais gros… Mais dans les années 70, je te rappelle qu’on avait même pas encore vu une Game Boy, alors les chaînes youtube ou Twitter …Du coup en Afrique Du Sud, tout le monde le connaît et tout le monde le croit mort….

Les Cassettes audios copiées de ses chansons rebelles, se vendent tellement bien au Cap, que Rodriguez devient sans le savoir une véritable figure du mouvement anti apartheid…
Au point que des disquaires du Cap se mettent à chercher sa trace et appellent qui en sait plus sur ce chanteur disparu des écrans radars à se manifester… faute d’infos cohérentes et vu que personne n’a l’idée d’aller le chercher dans une laverie ou sur un chantier aux Etats Unis.. la rumeur veut que l’artiste se soit immolé par le feu ou suicidé par balle sur scène, dans les années 70… D’autres rumeurs le disent vivant mais en hôpital psychiatrique, ou en prison pour avoir tué sa compagne….Ou alors, il serait mort d’une overdose d’ héroïne….

Dans les années 80, des maisons de disques s’emparent du phénomène et rééditent les 2 albums … Boom ! Disque d’or, la jeunesse blanche Sud Africaine fait de lui un héros et pendant ce temps là, Sixto ne touche pas un rond aux Etats Unis…et continue sa petite vie de chantiers pour des salaires de misère…

Ce n’est qu’en 1996, Sixto a alors 54 ans … que la fille aînée du chanteur inconnu (pas si inconnu) tombe sur un site internet dédié à son père… Elle comprend qu’on le croit mort à l’autre bout du monde et prend conscience du succès de fou qui attend papa en Afrique du Sud…

Elle prend contact avec les auteurs du site… Et voilà comment en 1998, Rodriguez se fait une tournée à guichets fermés en Afrique du Sud avec ses albums sortis 30 ans avant… et pas que. C’est reparti pour lui…. Les tournées pendant 10 ans un peu partout…. En Suède, en Australie, à Londres et même aux Transmusicales de Rennes… Le grand timide profite un peu du succès sans cependant percevoir le fric qui a été gagné grâce à ses disques pendant sa phase d’anonymat.

Cette hallucinante histoire a fait l’objet d’un magnifique docu, si tu l’as pas vu, je te le sur-conseille. Searching For Sugar Man où le point de vue du disquaire qui a passé une bonne partie de sa vie à enquêter sur la disparition de Rodriguez, jusqu’à le retrouver…

Magnifique B.O qui fut la B.O de mon voyage.

Ces derniers temps… peu de news de Sixto Rodriguez, ses dernières prestations live ont été lourdement critiquées, l’artiste s’étant mis de sacrées caisses au vin rouge avant de monter, titubant, sur scène pour faire du playback. Hum.

Ce qu’il faut retenir de cet article, je crois… C’est qu’on peut être très talentueux dans l’indifférence générale et qu’il faut absolument connaître le destin de Sixto Rodriguez où à défaut, l’avoir au moins écouté une fois !